Société savante créÉE en 1970 par Jacques VARANGOT
Objet principal : développement et progrès sous toutes leurs formes de la gynécologie et de l’obstétrique
Principe essentiel : unité de la discipline gynécologique et obstétricale

in memoriam

(Extrait du mémorial de J. Varangot prononcé par R. Henrion le 5 décembre 1985 à l'occasion des neuvièmes Journées nationales du CNGOF.)

Pr Jacques Varangot

 

"Le 21 janvier 1985, mourait Jacques Varangot.
Il a voulu partir dans la plus grande discrétion, au milieu de l'affection des siens...

Il m'a très rarement été donné de rencontrer un homme d'une intelligence aussi complète, d'une mémoire aussi prodigieuse, d'une culture aussi vaste. C'était un être d'exception, doué d'étonnantes qualités. C'est ainsi qu'il était capable de fort bien opérer puisqu'il était à l'origine chirurgien, de discuter en toute connaissance de cause des endorphines et des amines cérébrales, d'interpréter une coupe histologique difficile au point que des anatomopathologistes qualifiés n'hésitaient pas à venir lui demander conseil, de parler un anglais impeccable et de lire Goethe et tous les philosophes allemands dans le texte, ce qui fut l'un des grands plaisirs de sa retraite, de diriger un orchestre et de reconnaître dès les premières notes tout morceau de musique aussi aisément qu'un critique musical chevronné, de se passionner pour l'astronomie et d'être admis par les astronomes de l'observatoire de Paris comme l'un des leurs, mais aussi d'être classé au golf, qu'il a pratiqué pendant de longues années.
On reste confondu de l'étendue de ses dons."

 

 

"Comment s'étonner que sa carrière fût rapide et brillante. Il fut externe des hôpitaux de Paris à 19 ans, interne à 22 ans, gynécologue-accoucheur des hôpitaux à 33 ans, agrégé à 37 ans, professeur de clinique obstétricale et gynécologique à 46 ans, membre de l'Académie de chirurgie à 49 ans, membre de l'Académie de médecine à 52 ans. Il acquit très vite une réputation internationale. Il fit de longs séjours en Allemagne et aux États-Unis et parcourut le monde entier, répondant à de nombreuses invitations. Il était très connu des médecins étrangers qu'il savait recevoir en seigneur. Je ne pense pas que l'on puisse trouver mieux parmi nos pairs. Mais un homme doit être jugé à son œuvre et non sur ses titres. L'œuvre de Jacques Varangot a été considérable. Son intelligence a fait de lui un précurseur, pressentant vingt ans à l'avance l'évolution de l'obstétrique, de la gynécologie, de l'endocrinologie. Il possédait au plus haut point ce que les anglo-saxons appellent le "feeling".


Précurseur, Jacques Varangot l'a été en s'orientant dès le début de ses études médicales vers la recherche, à une époque où la clinique était reine. Dès la première année d'internat, il s'initia à la chirurgie expérimentale puis à l'anatomo-pathologie pour laquelle il eut, toute sa vie, une véritable prédilection. Celle-ci lui permit, au hasard d'une intervention, de découvrir une tumeur de la granulosa. Il en étudia toutes les conséquences physiopathologiques et en fit le sujet de sa thèse en 1937, thèse à laquelle il apporta tant de soin et d'érudition que cinquante ans plus tard elle fait toujours autorité. Il fut boursier du Centre national de la recherche scientifique en 1940, chargé de recherches en 1942 et maître de recherches en 1943. Précurseur, il le fut en pressentant l'extraordinaire essor de l'endocrinologie gynécologique et de la médecine de la reproduction. Le goût de la gynécologie lui vint très tôt à la suite de sa thèse. Elle le conduisit logiquement à s'initier aux techniques de l'hormonologie sexuelle puis à approfondir la sémiologie des tumeurs ovariennes, ce qui devint l'un de ses sujets préférés. En 1939, dans un rapport célèbre au XLVIIIe congrès de l'Association française de chirurgie, il fit, en collaboration avec son maître Brocq, un remarquable exposé sur l'anatomo-pathologie, la clinique et la pathogénie de l'endométriose, qui reste une référence de base. Cette maladie, toujours mystérieuse actuellement, lui tenait à coeur puisqu'il fit un nouveau rapport sur la pathogénie et l'histoire de l'endométriose lors d'un congrès international à New York en 1950 et plusieurs publications au cours des années suivantes. En 1942, il écrivit un traité qu'il intitula "Hormonothérapie gynécologique", à un moment où, souvenons-nous, les gynécologues-obstétriciens étaient plus soucieux de mécanique obstétricale que d'endocrinologie gynécologique. Ce livre, malheureusement épuisé et non réédité, est lumineux et porte en germe toute l'endocrinologie actuelle. Il eût souhaité qu'un de ses élèves l'aidât à mettre au point une nouvelle édition et ce fut l'un de ses grands regrets de n'avoir pu trouver ce collaborateur. En 1950, sous l'impulsion de Louis Portes qui fut pour lui un véritable père spirituel, avec le concours de Silvio Vassy et de Violette Nuovo qui avait fait un long séjour dans le service de Papanicolaou, il appliqua pour la première fois en France les techniques du dépistage du cancer utérin par frottis. Dans une étude préliminaire portant sur 750 cas, il conclut à l'intérêt formel des frottis cervico-vaginaux et endométriaux de dépistage. Il consacra ensuite cinq mémoires à l'exposé des résultats cliniques pour lesquels il revit personnellement 80 000 lames. Il précisa parfaitement les caractères de l'épithélioma intra-épithélial et l'intérêt de la conisation. Il fut obligé de batailler car la notion de dépistage n'existait pas encore. Les traités ne mentionnaient à cette époque que la biopsie du col et décrivaient à l'envi bourgeons charnus et indurations sanieuses. Il organisa à Port-Royal un laboratoire de cytologie exfoliatrice qui fonctionna remarquablement pendant plus de trente ans, jusqu'à ce qu'une administration plus soucieuse de démagogie que de médecine préventive le supprimât. Mais l'on retrouve aussi, au détour de ses nombreuses publications, presque tous les thèmes de la gynécologie moderne. Avec André Granjon, ami fidèle et assistant dévoué, il s'intéressa à la stérilité conjugale, particulièrement à la stérilité masculine et à la stérilité tubaire, à la chirurgie conservatrice et réparatrice des trompes, au diagnostic et au traitement de la grossesse extra-utérine. Avec Lise Cedard, à qui il confia la direction du laboratoire d'endocrinologie, il étudia les oestrogènes urinaires et sanguins en dehors et au cours de la grossesse. L'une de ses dernières publications fut la lecture que nous fîmes en commun à l'Académie nationale de médecine, en juin 1980, sur l'inquiétante résurgence des infections utéro-annexielles.

 

Précurseur, Jacques Varangot le fut aussi en obstétrique, dont il avait une conception très moderne. C'est en 1950 qu'il introduisit en France les premières perfusions intraveineuses d'extraits post-hypophysaires chez des primipares. L'année suivante, il rapporta une statistique de 129 cas de dystocie dynamique traitée par cette méthode. En 1955, il publia les résultats d'une étude faite avec Michel Cote sur 639 cas, dans laquelle on trouve toutes les indications et contre-indications de la technique. Seuls les anciens se souviennent de la résistance que cette technique rencontra à cette époque. Et pourtant, n'avait-il pas, là encore, raison ? Il enseignait que la finalité de nos actes n'est pas de réussir un accouchement par les voies naturelles à tout prix mais de faire naître un enfant en parfait état neurologique. Il redoutait les dilatations stationnaires et les expulsions traînantes, pensant à juste titre qu'elles étaient à l'origine d'anoxie et de souffrance foetale préjudiciable. Il avait une peur raisonnée du traumatisme obstétrical et craignait les épreuves du travail prolongées et les passages en force dans un bassin limite, regrettant que le créateur n'ait pas prévu, dans sa grande bonté, quelques millimètres de plus dans les dimensions du bassin féminin. Il ne considérait pas qu'une opération césarienne fût un échec et fut l'un des premiers à la préconiser dans les procidences du cordon et le placenta praevia. Il préférait une épisiotomie bien faite et bien réparée aux prouesses d'un dégagement générateur d'incontinence urinaire d'effort, de cystocèle et de prolapsus tardif. Précurseur, Jacques Varangot l'a été enfin dans l'organisation de notre profession. Il a été l'un de ceux qui ont le plus contribué à ce que la chirurgie gynécologique se fasse dans nos services, insistant sur la fusion de la gynécologie et de l'obstétrique à un moment où de nombreux accoucheurs osaient à peine faire leurs césariennes. Il a été l'initiateur et le père fondateur du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. C'est en 1970 qu'il lui parut utile de réunir, dans une formation analogue à celle du Royal College anglais, des spécialistes français ayant reçu la même éducation et exerçant le même art. Dans son esprit, que ses successeurs ont respecté, le Collège ne devait être ni un syndicat chargé des intérêts matériels de la profession, ni une société savante, mais un organisme chargé d'organiser la spécialité et de représenter la profession auprès des pouvoirs publics. Même si les actions du Collège n'ont pas toujours été aussi efficaces que l'eussent souhaité ses membres, nul ne peut nier que le Collège a été un succès. De cette réussite, Jacques Varangot était à la fois conscient, quelque peu étonné et très fier. Je me permettrai de citer une phrase de l'avant-propos qu'il avait rédigé, en 1981, lors de la parution de l'annuaire du Collège : "Grâce à l'activité, à la bienveillance et à l'assiduité de mes collègues, grâce au travail considérable effectué par notre premier Président [Pierre Muller] et le premier secrétaire général [Michel Chartier], grâce à l'enthousiasme de notre secrétaire actuel, de nos présidents successifs et de tous nos membres, ce qui n'était pour moi au début qu'un rêve est devenu réalité concrète, et les fruits ont passé la promesse de fleurs".

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