Faire l'amour devrait être une source de plaisir, mais cela est parfois gâché pour certaines femmes par la perception de douleurs lors de la pénétration. Dans certains cas, l'origine de ces douleurs est évidente (mycose, infection, épisiotomie mal cicatrisée...), mais parfois ce n'est qu'au terme d'une véritable enquête que l'on pourra en trouver l'origine. Dans tous les cas de figure, cela affecte la vie sexuelle du couple ; bien souvent la partenaire se met dans une situation d'évitement de la sexualité ; lui se sent alors rejeté, ce qui peut provoquer quelques tensions dans le couple. Au bout d’un certain temps, la femme finit par se sentir responsable de cette situation et culpabilise.
A part la première fois, où la douleur de la défloration est très diversement ressentie d'ailleurs, il n'est pas normal d'avoir mal lors des rapports ; consulter son médecin devient nécessaire, même si l'on est toujours un peu gênée avec ce type de problème. Il est important, autant que possible, d'essayer de bien décrire le problème à son médecin : s'agit-il d'une douleur à l'entrée du vagin, dès les tentatives de pénétration ou plus tardivement, est-ce que cela brûle, démange? Présence de pertes ? Est-ce que la pénétration est possible malgré la douleur ? Y a-t-il des douleurs en dehors de la sexualité, par contact des vêtements par exemple ? Possibilité d'utiliser ou non des tampons ? Les douleurs apparaissent-elles plutôt au cours de la pénétration profonde ? Inconfort, voire douleurs dans certaines positions, douleur plus sourde, plus profonde, plus diffuse ? Depuis combien de temps ces douleurs existent-elles ? Classiquement, on décrit des douleurs superficielles à l'intromission et des douleurs profondes quand le pénis au fond du vagin fait bouger l'utérus, les ovaires, la vessie.


Les douleurs superficielles

Lors du premier rapport, la déchirure de l'hymen peut être ressentie plus au moins douloureusement ; ceci est normal, les rapports seront encore "sensibles" les jours suivants puis tout s'estompera ; ceci est parfaitement normal. Parfois les douleurs sont importantes, avec une rupture impossible ou incomplète de l'hymen qui peut être trop épais, voire un peu fibreux. La mise ou le retrait difficile de tampon peut parfois être un signe de cet hymen épais. Une toute petite intervention locale, sous anesthésie locale, permet de sectionner cet hymen récalcitrant et tout rentre dans l'ordre.
Les infections de la vulve et du vagin avec l'inflammation qui les accompagne sont source de douleurs lors des rapports ; encore une fois rien de très grave, mais il est indispensable de traiter cela sérieusement. Les infections à répétition, comme les mycoses et les infections vaginales, représentent un facteur de risque vers une vulvodynie, douleur orificielle plus chronique (voir plus loin). Dans ce cas, un traitement prolongé peut être mis en place pour éviter ces infections récidivantes. Parfois une petite bride de la fourchette vulvaire liée à l'anatomie de chacune, où une bride secondaire liée à une épisiotomie peut être source de douleurs, on y trouve après les rapports des petites fissures (comme les gerçures aux coins des lèvres) qui sont sources de douleurs. Petit truc à savoir : si vous consultez pour des douleurs à l'entrée du vagin, ayez un rapport sexuel la veille, ces petites fissures sont alors évidentes, après quelques jours elles ne seront plus visibles !

Le cas particulier des vulvodynies

Les vulvodynies représentent la première cause de douleurs lors des rapports, il s'agit d'une affection complexe. La définition officielle est un inconfort vulvaire, le plus souvent décrit comme des brûlures, apparaissant en l’absence d’affection vulvaire visible ou de désordre neurologique spécifique. Ce trouble n'est pas rare ; selon certaines études, 8% des femmes en souffriraient, une fois sur deux cela commencerait avant 25 ans et trois fois sur quatre avant 35 ans. Les patientes se plaignent de douleurs spontanées ou, au contact des vêtements serrés, de brûlures, de picotements et douleurs lors des rapports. Cette douleur peut être suffisamment intense pour déclencher un vaginisme (voir ce terme) rendant toute pénétration impossible. L'origine semble multifactorielle ; il existe beaucoup d'hypothèses mais assez peu de certitudes. Au niveau des muqueuses, il existerait un processus inflammatoire ayant pour conséquence la prolifération de fibres nerveuses sensitives et algogènes. L'afflux de sensations douloureuses déclencherait un mécanisme au niveau de notre cerveau qui aurait tendance à amplifier le phénomène et à déclencher des mécanismes de défense contre la douleur (évitement sexuel). La persistance de ces phénomènes douloureux engendrerait stress et hypertonie musculaire du périnée, hypertonie qui elle-même augmenterait les perceptions douloureuses. Le traitement en est complexe, associant traitements locaux, anti-douleurs, kinésithérapie périnéale et souvent prise en charge sexologique.


Douleurs lors des rapports et ménopause

20 % des femmes ménopausées actives sexuellement souffriraient de dyspareunie. Cela est attribué à un manque d'hormones qui fragilise les tissus, diminue le flux sanguin génital et provoque un certain degré d'atrophie vulvo-vaginale. Néanmoins, d'autres facteurs peuvent intervenir, notamment sur les plans affectifs et relationnels. Il est de coutume de dire que la vie sexuelle après la ménopause est très dépendante de ce qu'elle était avant !

Les douleurs profondes

Dans ce cas, les douleurs sont perçues uniquement quand le pénis va loin en profondeur, ce qui effectue une mobilisation des organes pelviens comme on a pu le voir en échographie ou par scanner.
La femme préfère alors éviter certaines positions, source d'inconfort ou de douleurs. Dans ce cas, il faut toujours rechercher une affection gynécologique, au premier rang l'endométriose (voir ce terme), une infection des trompes (salpingite), ou de l'utérus (endométrite), un kyste de l'ovaire, parfois une déchirure du ligament large (syndrome de Masters & Allen) après l'accouchement traumatique d'un gros bébé. Une pathologie colique ou vésicale peut être responsable également de douleurs (colite, diverticulose, inflammation, adhérences).

Le vaginisme, qu'est-ce que c'est ?

Le vaginisme pourrait se définir comme une peur panique de la pénétration, conduisant la femme qui en souffre à adopter différentes stratégies pour éviter toute pénétration.
Le vaginisme peut être primaire ; la femme n’a jamais eu de rapports, la pénétration du pénis est impossible, s'intégrant plutôt dans un terrain d'immaturité affective.
Le vaginisme peut être secondaire, survenant après une longue période de rapports douloureux (dyspareunie).
Dans le vaginisme primaire "phobique", la peur de la douleur est au premier plan chez ces femmes qui souffrent très souvent d'un manque d'informations quant à leur propre sexe et sa représentation, l'idée d'un vagin beaucoup trop petit pour accueillir le pénis de l'homme est quasi constante. Ceci active une angoisse, voire une panique, vis-à-vis de la douleur et de la déchirure imaginées par ces femmes. Les conduites d'évitement sont assez classiques, la vaginique recherche l'intimité sexuelle mais panique à l'idée de la pénétration, ainsi elle retirera la main de son compagnon qui caresse son sexe de peur qu'il n'essaie subrepticement d'introduire un doigt dans son vagin, gardera les genoux serrés lors des ébats, parfois se laissera convaincre mais la contraction forte des muscles de son périnée rendra infructueuse et douloureuse toute tentative de pénétration. L'examen gynécologique reste difficile, la pose d'un spéculum quasi impossible. Bien entendu, la vaginique n'utilise pas les tampons périodiques, impossibles à introduire. Le compagnon n'est parfois pas choisi au hasard, préférant un compagnon doux et compréhensif. La souffrance de ces femmes est grande, souffrant souvent d'un manque de compassion face à ce qui semble naturel aux autres. "Faites un effort" ont-elles souvent entendu. A l'origine de la consultation, on retrouve le plus souvent une crise dans le couple ; face à l'absence de progress, la patiente craint pour l'avenir de celui-ci, parfois c'est le désir d'enfant qui la motive. La fréquence dans la population générale est estimée à environ 1% des femmes en âge de procréer, mais représente de 6 à 15% des consultantes en sexologie. L'origine de ce vaginisme "phobique" n'est pas univoque. Chaque femme a son histoire ; néanmoins, il ressort souvent qu'entre l'enfance et l'adolescence existe une phase de découverte de son propre corps, particulièrement le sexe, tant il paraît mystérieux et émotionnellement fort et que cette étape a manqué dans la maturation de cette jeune fille. Cela peut être consécutif à des interdits moraux et ou religieux très forts, parfois un fait anodin passé inaperçu, plus rarement un traumatisme. La proportion que cela prend alors dans l'esprit de la jeune fille bloque toute velléité de découverte. Une jeune patiente confiait un jour qu'adolescente elle avait introduit un petit crayon dans son vagin pour explorer son corps, malheureusement le petit crayon lui avait échappé des doigts et avait disparu dans son vagin ! Panique alors, qu'allait-elle raconter à sa mère ? Heureusement le petit crayon était réapparu après quelques poussées, mais quelle frayeur rétrospective ! Cela marqua la fin de ses expériences. Que dire des grandes sœurs qui racontent la nuit de noce à la petite sœur, avec force détails horrifiques ! La prise en charge est maintenant assez bien codifiée ; cela passe par l'écoute des vaginiques qui doivent pouvoir exprimer leurs angoisses, par un dialogue afin de retirer les idées fausses qu'elles peuvent avoir, par une éducation sexuelle et anatomique et surtout par un travail sur le corps, avec prise de conscience de leur périnée et de leur vagin, utilisation de dilatateurs vaginaux. On demandera à la femme, après bien lui avoir expliqué son anatomie, d’introduire elle-même un dilatateur de petit diamètre puis petit à petit d’augmenter le diamètre jusqu’à atteindre le diamètre de la verge en érection. On fera ensuite introduire les mêmes bougies au mari. Quand les deux partenaires auront vu que l’on pouvait introduire sans faire de mal ces dilateurs, on autorisera les rapports en demandant à la femme de se mettre au-dessus de l’homme afin de bien contrôler la pénétration. Il faut savoir que le vaginisme est un symptôme sexuel qui se guérit bien ; les femmes ne doivent plus hésiter à consulter.

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