Si au XVIIIe siècle seulement 30% des femmes atteignaient l’âge de la ménopause, aujourd’hui heureusement elles sont 90% à l’atteindre, ce qui correspond à 400 000 nouvelles femmes chaque année en France. L’espérance de vie des femmes étant de 85 ans, c’est un tiers de leur vie qu’elles passeront ménopausées. Cependant, le vieillissement survient avec ses handicaps et l’espérance de vie sans handicap n’est que de 63 ans !
La ménopause ne sonne plus le glas de la sexualité ni de la féminité pour la « génération pilule ». Il n’est donc pas question d’occulter les problèmes psychosexuels liés à cette longue période de vie. Même entre 60 et 80 ans la sexualité reste importante pour les ¾ des couples.
Cependant, les études montrent que 40% des femmes environ se plaignent de problèmes sexuels (plus que chez les hommes...). Si globalement on note une amélioration des dysfonctions sexuelles au long de la vie il n’en va pas de même après 50 ans, en raison de la sécheresse vaginale et des troubles de la ménopause.
Cependant, il ne faut pas perdre de vue que la sexualité féminine est complexe, multi-factorielle, composée de facteurs biologiques, psychosexuels et contextuels que les bouleversements hormonaux de la ménopause peuvent déstabiliser.
Incontestablement, la symptomatologie climatérique (arrêt des règles, bouffées de chaleur…), la carence hormonale de la période ménopausique et la perception de l’âge qui en découle se conjuguent à des facteurs psychologiques (dépression), socio-professionnels, relationnels (conjugaux, familiaux) pour aboutir à des répercussions sur la fonction sexuelle et la qualité de vie. Les enquêtes internationales confirment bien, s’il en était besoin, que la sexualité est un élément important de la vie des hommes et des femmes d’aujourd’hui et cela quel que soit leur âge.
Les consultations de la période ménopausique ou de la ménopause confirmée s’avèrent être particulièrement propices à l’instauration (s’il n’a pas encore eu lieu) d’un dialogue sur la santé sexuelle.
Nombre de femmes souffrent de difficultés sexuelles à cet âge ; si certaines s’enhardissent et osent en parler au médecin, beaucoup avouent qu’elles espèrent que ce soit les professionnels de santé qui les interrogent spontanément sur cet aspect de leur qualité de vie.
Les femmes, jusque-là satisfaites, sont souvent amenées à faire face pour la première fois à des difficultés nouvelles du fait des modifications physiques et psychologiques personnelles (ou de leur partenaire). Celles qui jusque là souffraient, mais n’osaient pas en parler, s’enhardissent souvent alors, grâce à l’alibi fourni par la ménopause déculpabilisante, qui permet de parler enfin de troubles bien antérieurs mais non exprimables jusque-là.
Le rôle du médecin est là majeur pour expliquer la physiologie des phénomènes de vieillissement, évoquer les moyens thérapeutiques éventuels à disposition, mais aussi pour rassurer, autoriser.
Aujourd’hui, l’augmentation de l’espérance de vie, l’amélioration de la qualité de vie après 50 ans, l'éducation et l'évolution des mœurs font que la plupart des femmes se soucient de garder une activité sexuelle épanouissante après la ménopause. Il est habituel de dire que la qualité de vie sexuelle après la ménopause dépend pour beaucoup de ce qu'elle était avant. S'il existait par exemple des difficultés conjugales avant, l'arrivée de la ménopause peut servir de prétexte pour abandonner toute vie sexuelle. A l'opposé, même dans le cas d'une bonne entente, les modifications liées aux bouleversements hormonaux vont influer sur la sexualité. Il existe une grande inégalité devant le vieillissement mais aussi devant son vécu, alors que certaines femmes ont l’impression de perdre en féminité et de ne plus se sentir désirables ; pour d’autres, la ménopause se présente comme une libération du risque de grossesse (abandon de la contraception) et du rituel des règles, source d'un regain de sexualité avec un corps toujours désirant et un imaginaire toujours riche. Globalement, pour beaucoup de femmes, la sexualité en post-ménopause reste très agréable et pleinement satisfaisante.
Il faut distinguer deux périodes, ce qu'on appelle la péri-ménopause, c'est-à-dire des premiers signes à l'installation complète de la ménopause, avec son cortège, au début, de règles capricieuses puis plus tard de bouffées de chaleur, d'hypersudation, de troubles du sommeil, d'irritabilité… moins propices au climat amoureux même s’il s’agit d’un nouveau couple.
A la ménopause confirmée, si l’on s’appuie sur les quatre phases de la physiologie sexuelle, on remarque que :


- Dans la première phase (d’excitation), le temps de réponse à une stimulation efficace s’allonge. La lubrification vaginale est moins abondante et plus longue à obtenir.
- Au cours de la phase en plateau (de tension sexuelle), l’absence de souplesse de l’expansivité vaginale rend les frottements pénibles voire franchement douloureux.
- Au moment de l’orgasme, l’intensité de la réponse musculaire diminue du fait de l’atrophie tissulaire. Les contractions orgasmiques peuvent garder leur rythme régulier mais leur nombre diminue.
- La phase de détumescence (de résolution) est beaucoup plus rapide.


Toutes modifications dont il faut expliciter la physiologie et pour lesquelles des solutions existent et sont simples à proposer.
La sècheresse vaginale peut rendre les rapports sexuels difficiles et douloureux. La diminution de l’imprégnation hormonale vaginale peut entraîner un retard de la lubrification durant la période d’excitation : en effet, alors que la femme, à 20 ans, a besoin de moins de 30 secondes pour avoir une lubrification complète, ce même résultat peut nécessiter plus de 2 minutes après la ménopause.
Concernant les orgasmes, alors que certaines femmes se plaignent d’une diminution de la fréquence et de leur intensité, il est important de noter que, pour d’autres, le nombre d’orgasmes a augmenté après la ménopause et que certaines ont connu leur premier orgasme à cette période.
Néanmoins, tout ceci peut être compensé par un traitement adapté. Sur le plan sexologique, certaines femmes se plaignent d’une diminution du désir et ceci pourrait être expliqué parfois par la diminution du taux de testostérone (hormone du désir) mais également par des facteurs psychologiques, se sentant moins désirables et désirées. Le cap de la ménopause dans la vie d'une femme correspond à une période de la vie où, par exemple, les enfants vont prendre leur autonomie, quitter le domicile familial ; elle va se retrouver seule face à son compagnon. Pour peu qu'elle ait beaucoup investi dans ses enfants et qu'il existe une conjugopathie, cela peut déboucher sur un sentiment de vide (syndrome du nid vide décrit par les psychologues) et aboutir à un état plus ou moins dépressif, peu propice à l'épanouissement sexuel. A l'opposé, celle qui voit là une nouvelle liberté, reste active, voit plus ses amies comme dans une nouvelle vie, se sentant désirable, a plus de chance d'être désirante. Ce peut être aussi l’occasion d’une nouvelle vie amoureuse avec un nouveau compagnon ; les enfants qu’on a élevés seule étant partis.
L'attitude du compagnon est également très importante pour la sexualité féminine. Les couples qui connaissent depuis longtemps des difficultés sexuelles peuvent voir celles-ci s’aggraver à la ménopause, tandis que les couples qui ont toujours eu une activité sexuelle satisfaisante peuvent alors rencontrer pour la première fois des difficultés.
La perception de la ménopause par le partenaire et son attitude face aux modifications qu’elle engendre a un rôle capital. Il pourra soutenir et réassurer par sa présence et son désir intact ou au contraire renforcer l’idée que la sexualité c’est fini !
Souvent le compagnon a le même âge, voire est plus âgé, lui-même peut souffrir de soucis de santé (diabète, trop de cholestérol, problèmes de prostate, dépression) qui peuvent influer sur la qualité de ses érections. L'homme, face à ces pannes, sombre souvent dans une phase de renoncement et d'évitement après une phase d'échecs à répétition. Cette phase de renoncement est d'autant plus mal interprétée qu'elle s'accompagne souvent d'une perte des gestes de tendresse et d'attention de la part d'un compagnon qui se sent diminué par ses propres difficultés sexuelles. De nombreuses études l'ont confirmé, les pannes masculines altèrent la qualité de vie sexuelle de leur compagne. A contrario, le traitement de ces pannes améliore la qualité de vie de ces femmes.
Les difficultés avec le partenaire ne sont pas toujours spécifiquement sexuelles mais plutôt relationnelles. Le problème de l’évolution du couple au fil du temps est au cœur de la relation sexuelle à cet âge. Or cette évolution se fait le plus souvent dans le sens de la détérioration. Il ne s’agit pas seulement d’un banal émoussement, d’un simple évanouissement du désir par suite de l’habitude, mais de perturbations parfois plus profondes. La perte des écrans que constituaient le métier et les enfants met à nu ces difficultés du face à face, de leur asynchronisme d’évolution souvent avec apparition de nouveaux centres d’intérêt mal tolérés par l’autre. L’envahissement de la maison 24h/24 par exemple par un homme récemment à la retraite ; un homme, qui plus est, inadapté au temps qui lui est désormais disponible et qui se sent dépouillé de son prestige professionnel peut conduire à un climat conjugal explosif, cela d’autant que les enfants sont partis.Les deux membres du couple ont pour la première fois à affronter un face à face où ils n’ont rien à se dire. Sur le plan purement sexuel, la baisse de la libido de la femme, la difficulté pour la femme à obtenir un orgasme devraient conduire le partenaire à s’adapter. Mais l’homme a le plus souvent aussi 50 ans ou plus. Les rides de sa compagne lui rappellent les siennes qu’il voit se creuser tous les matins en se rasant et il commence à douter de ses performances. Il se remet alors en question face à l’absence de réaction de la part de sa femme. Bien souvent, la peur de l’échec le conduit à abréger les préliminaires amoureux, ce qui bien sûr accroît la mésentente conjugale. Par ses propres conduites d’évitement, il aggrave les choses car il craint de « ne plus être à la hauteur » du fait d’une dysfonction érectile dont il a honte. Pire, sous l’emprise du doute, il se sent attiré par des femmes plus jeunes pour s’assurer du maintien de son pouvoir de séduction (ou plutôt pour bénéficier d’excitations nouvelles), indispensables au maintien de son activité sexuelle qu’il sait défaillante.
Et nous voilà dans le cercle vicieux dont on ne sortira que si l’un et l’autre sont capables d’en parler, de s’adapter, de devenir plus participatifs, plus attentifs à l’autre, plus actifs et n’hésitant pas à dispenser des stimulations plus directes.

Les traitements
Les femmes, les médecins espèrent toujours trouver un Viagra féminin. Il n’y en a pas !
Le traitement hormonal substitutif de la ménopause a incontestablement sa place, quand il est possible et accepté, dans la prise en charge des troubles de la ménopause associant symptomatologie vasomotrice et atrophie vaginale qui altèrent la qualité de vie sexuelle des femmes. Ce traitement hormonal améliore la lubrification, la sensibilité clitoridienne, mais la fréquence des orgasmes, la montée du désir ne sont pas systématiquement améliorées car dépendant aussi de la relation amoureuse du couple.
Les traitements hormonaux vaginaux (crèmes, ovules) luttant contre l’atrophie et la sècheresse améliorent aussi la réponse sexuelle.
Les hormones mâles, substituts à la testostérone, ont, comme les œstrogènes, une action sur les fonctions cérébrales et notamment le désir. Elles ont été proposées à faible dose pour améliorer la sexualité à la ménopause. Elles peuvent être prescrites pour une courte période (3 à 6 mois) car on ignore l’effet de ces traitements sur le long terme.
La dihydro épiandrostérone (DHEA) agit comme une pro hormone. Elle semble avoir pris la place des œstrogènes dans le grand public et est vécue comme « l’hormone de jouvence ». Elle est accessible sans prescription et se vend largement sans contrôle aucun, bien qu’aucune étude bien menée n’ait pu mettre en évidence un bénéfice prouvé sur le désir comme la qualité de vie !
Si l’utilisation de la DHEA par voie orale est controversée, il semble quand même que la DHEA, par voie vaginale, puisse améliorer la libido, la réponse sexuelle par son effet sur l’atrophie vaginale.

Les lubrifiants (gel, crèmes, ovules) chez la femme ménopausée peuvent pallier ces difficultés et permettent au couple de conserver une sexualité ludique et épanouissante.
Après 70 ans, apparaît un nouveau phénomène : le vieillissement organique et tissulaire. Les corps vieillissent et les capacités d’avant ne sont progressivement plus les mêmes. L’image corporelle est altérée, 78% des femmes évoquent le manque d'attractivité comme source d'absence de sexualité, les hommes n'étant que 58 % à le mentionner. L’amour, la tendresse et la complicité du couple permettent de trouver un nouvel équilibre. Et même si la fréquence des rapports sexuels diminue et que les capacités techniques ne sont plus les mêmes, une sexualité épanouissante est encore présente chez beaucoup de couples âgés. Une étude portant sur 27 000 personnes âgées de 40 à 80 ans, montre que 68% des hommes et 60% des femmes âgés de 70 à 80 ans sont favorables à un traitement pour améliorer la sexualité. Cependant, vouloir imputer toutes nos variations comportementales à des élévations ou des baisses de taux d’hormones est simpliste et dangereux. La chimie de nos émotions et de nos sentiments est bien plus complexe !

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